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Dans les starting-blocks pour construire les cargos et les paquebots à voile

Les Chantiers de l’Atlantique installent sur leur site un prototype à taille réelle de « Solid Sail », gréement en carbone et voile rigide de près de 100 m de haut. Le concept séduit le navigateur Jean Le Cam, 4e au Vendée Globe en 2020, qui l’a testé notamment sur son Imoca. - Agrandir l'image, .JPEG 381Ko (fenêtre modale)
Les Chantiers de l’Atlantique installent sur leur site un prototype à taille réelle de « Solid Sail », gréement en carbone et voile rigide de près de 100 m de haut. Le concept séduit le navigateur Jean Le Cam, 4e au Vendée Globe en 2020, qui l’a testé notamment sur son Imoca. © Chantiers de l'Atlantique

La réduction des émissions de gaz à effet de serre est un enjeu majeur du transport maritime. Des entreprises de la région et du territoire nazairien innovent pour produire des cargos et paquebots voiliers qui pollueront nettement moins.

Selon l’Organisation maritime internationale (OMI), le transport maritime représente 3% des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le monde, autant que le trans- port aérien. Ce chiffre ne cesse d’augmenter. L’objectif de l’OMI est de réduire le volume total de ces émissions annuelles d'au moins 50% en 2050 par rapport à 2008.

Il s’agit donc d’adopter des technologies innovantes pour les navires existants et neufs, en favorisant des combustibles à faible teneur en carbone et à zéro émission de carbone, mais aussi en travaillant sur les systèmes de propulsion. Depuis plus de dix ans, les Chantiers de l’Atlantique consacrent l’essentiel de leur recherche et développement à l’amélioration de la préservation de l’environnement avec le programme Ecorizon. La propulsion à voile, dite vélique, est un des axes de ce programme. Elle se concrétise aujourd’hui par la construction d’un gréement complet premier de série avec un mât de 40 m, visible par tous sur le site nazairien.

Un voilier de croisière XXL dès 2025 ?

« Il faut essayer ce mât et sa voile rigide à l’échelle 1 », confie Laurent Castaing, directeur des Chantiers de l’Atlantique, qui veut valider le bon fonctionnement de la solution Solid Sail / Aeol Drive dans ses dimensions réelles, à savoir 1 200 m2 de voile rigide sur un mât d’en- viron 80 m inclinable à 70° pour passer sous les ponts. Ce sera le cas à l’été 2022.

Ce gréement pourrait équiper un paquebot à passa- gers de 200 m de long qui naviguerait à la force du vent au maximum 40 ou 50% du temps du voyage. « Dans la marine moderne, nous avons des horaires et des normes de sécurité à respecter », souligne Laurent Castaing qui ajoute avoir des clients potentiels. Il entamera des discussions commerciales au dernier trimestre de cette année. Le premier paquebot à voile pourrait voir le jour en 2025.

Neopolia prêt à lancer le Neoliner

Du côté de la marine marchande, si l’armateur nantais Neoline transforme son intention de commande annoncée en juin en contrat avec la SAS Neopolia Mobility, le groupement d’entreprises pourra commencer la construction du cargo à voile Neoliner dès ce mois d’octobre pour une livraison au premier trimestre 2024.

« Avec 80 à 90% en moins d’émissions de carbone, une propreté de l’eau et peu de résonnement phonique, ce cargo est presque neutre pour l’environnement », explique Alain Leroy, président de Neopolia. Les études du navire sont en cours avec le bureau Mauric et les pré-études sur le gréement sont lancées avec une équipe dédiée des Chantiers de l’Atlantique. « Nous travaillons très bien ensemble, se réjouit Alain Leroy, il y a une vraie entente industrielle, avec l’idée de faire converger les in- térêts d’un territoire, et cela avec le soutien de la Région et de la CARENE. »

Pour le maire de Saint-Nazaire, David Samzun, « les défis de la transition énergétique sont tels que seule l’indus- trie peut apporter une réponse à la hauteur des enjeux : il nous faut défendre une écologie des solutions, créatrice de sens et d’emplois, permettant de financer le contrat social. »

Si le plan administratif et financier doit encore être vali- dé, le président de Neopolia porte un regard positif sur l’implication des institutions dans le développement de l’industrie en France. « L’État et la Région des Pays de la Loire se sont respectivement engagés à contribuer à hauteur de 80% et de 50% dans le système de garan- tie, c’est très important. » Vingt-trois entreprises, dont neuf de l’agglomération nazairienne, doivent participer à la construction du Neoliner.

 

Réindustrialiser la production de cargos sur le territoire

«Notre souhait, c’est de développer une filière de construction dans les Pays de la Loire et le bassin nazairien, car il n’existe pas de chantier intermédiaire en France pour des navires de 90 à 150 ou 200 m.» La coque de ce premier cargo voilier de 136 m et de plus de 50 millions d’euros sera construite en Turquie, mais Neopolia étudie avec les Chantiers de l’Atlantique, Ocea et le Port de Nantes Saint-Nazaire la possibilité de créer un chantier industriel mutualisé à Saint-Nazaire, projet nommé Agora qui s’inscrit dans la démarche «Territoires d’industrie»*.

« Avec 350 bateaux neufs à propulsion neutre annoncés d’ici 2030, nous visons 2% du marché, soit cinq navires par an», calcule le président de Neopolia qui voudrait s’appuyer sur l’expérience des cargos à voile pour lancer Agora. Cela représenterait 750 à 1 000 emplois. La filière vélique intéresse sérieusement les industriels. Michelin ou Airseas, start-up financée par Airbus, relèvent aussi les défis technologiques de ce moyen de propulsion.


* Territoires d’industrie : dispositif gouvernemental lancé en 2018 pour accélérer et relocaliser le développement industriel. 124 territoires, dont Saint-Nazaire, sont labellisés.